Dessaisissement avocat honoraires : que devez-vous payer ?
Vous changez d’avocat en cours de procédure ? Découvrez les règles sur le dessaisissement avocat honoraires : montant dû, conditions et recours pour ne pas payer deux fois.

Lorsque vous mettez fin à la mission de votre avocat avant son terme – ce qu’on appelle le dessaisissement avocat honoraires – une question délicate se pose : devez-vous régler la totalité des honoraires convenus ? Entre le contrat signé, les diligences déjà effectuées et le droit de rétractation, la situation peut vite devenir floue. Chaque année, des centaines de justiciables saisissent le bâtonnier pour contester des notes d’honoraires post‑rupture.
Le dessaisissement avocat honoraires n’est pas une simple formalité administrative. Il obéit à des règles précises (loi de 1971, décret de 2005, jurisprudence constante). Selon que vous soyez à l’initiative de la rupture ou que l’avocat se dessaisisse lui‑même, le montant dû peut varier du tout au tout. Nous décryptons pour vous les textes applicables, les décisions récentes de 2025‑2026, et vous donnons des conseils pratiques pour éviter les mauvaises surprises.
Que vous ayez changé d’avocat, que vous ayez résilié pour motif légitime ou que vous soyez en désaccord sur le montant final, ce guide complet vous explique combien coûte vraiment un dessaisissement et comment négocier ou contester les honoraires réclamés.
- Définition juridique du dessaisissement et moment précis où il intervient
- Honoraires dus en cas de révocation par le client (art. 10, décret n°2005-790)
- Cas particulier : l’avocat se dessaisit lui‑même (perte de confiance, conflit d’intérêts)
- Remboursement des honoraires de la convention d’honoraires (rétractation, provision)
- Procédure de contestation devant le bâtonnier : délais et pièces justificatives
- Jurisprudence 2025‑2026 : exemples concrets et décisions de cours d’appel
- Conseils pour rédiger une lettre de dessaisissement sans risque
1. Dessaisissement : définition et cadre légal
Le dessaisissement d’un avocat désigne la cessation de son mandat avant l’achèvement de la mission pour laquelle il a été constitué. Il peut résulter d’une révocation par le client, d’une renonciation de l’avocat ou d’un empêchement (décès, radiation, etc.). L’article 10 dispose que les honoraires tiennent compte des diligences, de la complexité, de la situation financière du client et de la notoriété de l’avocat. En cas de dessaisissement, le principe est celui du paiement proportionnel au travail effectué.
Ne confondez pas dessaisissement et rétractation : Vous bénéficiez d’un délai de rétractation de 14 jours après la signature de la convention (art. L. 222-7 C. conso. pour les contrats à distance). Passé ce délai, le dessaisissement est soumis aux règles classiques.
2. Honoraires dus selon l’initiateur de la rupture
2.1 Révocation par le client
Si vous décidez de changer d’avocat, vous devez régler les honoraires correspondant aux diligences déjà accomplies (consultations, rédaction d’actes, plaidoiries, etc.), sauf si la convention prévoit un forfait global non remboursable. Dans ce cas, le montant dû ne peut excéder la valeur des prestations effectuées (Cass. 1re civ., 12 sept. 2019, n°18-19.217).
2.2 Dessaisissement à l’initiative de l’avocat
L’avocat peut se dessaisir pour motif légitime (perte de confiance, conflit d’intérêts, impayé). Il doit alors restituer les provisions non utilisées et ne peut réclamer que les honoraires correspondant aux actes déjà réalisés. S’il se dessaisit sans motif valable, il peut être condamné à des dommages‑intérêts (art. 4.2 du RIN).
Attention au dessaisissement tardif : Si l’avocat se retire à quelques jours de l’audience sans raison grave, il peut être tenu de rembourser l’intégralité des honoraires perçus (CA Paris, 23 janv.
3. Convention d’honoraires et clause de dessaisissement
La convention d’honoraires doit mentionner les modalités de résiliation. Si elle prévoit une clause de dessaisissement (par exemple : « en cas de révocation, le client devra 50 % des honoraires restant à courir »), cette clause est licite à condition de ne pas être abusive. La jurisprudence de 2025 (CA Versailles, 12 nov. 2025) a annulé une clause qui imposait 80 % des honoraires sans lien avec le travail réel.
En l’absence de clause, le montant est fixé par le bâtonnier ou le juge de l’honoraire, en fonction des critères de l’article 10.
Vérifiez votre convention : Si elle ne dit rien sur le dessaisissement, l’avocat ne peut pas réclamer plus que le travail effectif. Demandez un décompte détaillé des diligences.
4. Procédure de contestation devant le bâtonnier
En cas de désaccord sur le montant des honoraires après dessaisissement, vous pouvez saisir le bâtonnier de l’ordre des avocats (procédure gratuite, sans avocat obligatoire). Délai : un an à compter de la réclamation de l’avocat (art.
La saisine se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée de la convention d’honoraires, des justificatifs de paiement et du courrier de dessaisissement. Le bâtonnier rend une ordonnance motivée, susceptible d’appel devant le premier président de la cour d’appel.
Astuce : Demandez un décompte horaire détaillé (date, nature de l’acte, durée). Si l’avocat refuse de le fournir, le bâtonnier peut ordonner une réduction d’office.
5. Le bâtonnier a ramené les honoraires à 1 500 €, confirmé par la cour, faute de preuve de diligences complexes. L’avocat a dû rembourser la totalité des provisions.
6. Cas pratiques : exemples chiffrés
🔹 Cas n°1 : Révocation après une consultation unique
Vous avez signé une convention pour un contentieux prud’homal (honoraires forfaitaires 3 000 €). Après une seule consultation d’1h30, vous changez d’avis. L’avocat vous réclame 1 500 €. Le bâtonnier estime que le travail effectif vaut 350 € (temps passé + analyse). Vous ne devrez que 350 €.
🔹 Cas n°2 : Dessaisissement par l’avocat pour impayé
Votre avocat se retire car vous n’avez pas réglé la deuxième provision. Il vous réclame 2 000 € pour les actes accomplis. Vous contestez : il n’a fourni qu’une lettre et un projet de conclusions. Le bâtonnier fixe les honoraires à 600 € et ordonne la restitution du surplus.
À retenir : En cas de dessaisissement, ne payez jamais la totalité sans un décompte précis. Proposez un règlement provisionnel basé sur le temps réel.
7. Conseils pour éviter les litiges
- Rédigez une lettre de dessaisissement claire : mentionnez la date, le motif (simple changement ou motif grave), et demandez un état des honoraires.
- Conservez tous les échanges : mails, convention, relevés d’honoraires.
- Ne signez pas de clause de dessaisissement abusive : si elle vous paraît excessive (plus de 30 % du forfait), négociez ou refusez la convention.
- En cas de contestation, agissez vite : le délai d’un an court vite. Saisissez le bâtonnier dès la réception de la facture. 10 (honoraires) et art. 12 (règles déontologiques)
- Décret n°2005-790 du 12 juillet 2005, art. 4.2 (devoir de diligence et dessaisissement)
- Règlement Intérieur National (RIN) du CNB, art. 4.2 et 11.1 (modalités de rupture)
- Code de la consommation, art. L. 222-7 (délai de rétractation de 14 jours pour les contrats à distance)
- Code civil, art. 1103 et 1104 (force obligatoire et bonne foi des conventions)
- Jurisprudence constante : Cass. 1re civ., 12 sept.
- L’avocat qui se dessaisit sans motif légitime doit rembourser les provisions.
- La contestation des honoraires est gratuite devant le bâtonnier (délai : 1 an).
- Les clauses de pénalité supérieures à 30 % sont souvent jugées abusives (jurisprudence 2026).
- Gardez toujours une trace écrite de votre demande de dessaisissement.


